Par : Webmestre
Publié : 8 février

La Tour de la Résurrection

Rose est la pierre quand, au crépuscule, Apollon, soleil aux mille feux, illumine de ses derniers rayons le Golfe Saronique, ses îles et ses collines. Le Parthénon est alors flamboyant. On sent monter des flots la voix divine de Μαρία Καλογεροπούλου, Maria Callas, la "Bible de l’opéra", grecque de Paris, notre compatriote, autre « Étoile de la mer » qu’aurait pu célébrer Charles Péguy, pour l’éternité mariée à la Mer Egée, à la Mer Grecque, à la Mer infiniment Grecque.

Non loin de là, il est un monument plus récent qui, pour tout Philhellène est d’importance majeure, qui fascine, même s’il est beaucoup moins connu du grand public.
Il trône encore fièrement au dessus du Port d’Egine.

C’était en 1802, Σπύρος Μάρκελλος (Spiros Markellos), bâtisseur d’un rêve, bâtisseur pour la liberté, futur député à la Βουλή των Ελλήνων (Assemblée nationale), reconstruisit une veille tour datant de l’occupation vénitienne. Il fut un ardent combattant de la guerre d’indépendance. Il était membre de la célèbre Φιλική Εταιρεία (Société des Amis) qui a tant œuvré pour la libération de la Grèce.

A la veille de l’insurrection nationale qui devait amener l’Indépendance, le peuple grec vivait, sous l’occupation étrangère turque, à l’instar de cette condition du petit peuple de France qu’avait déjà décrite notre grand poète, Agrippa d’Aubigné

Car un hiver trop long étouffa son labeur,
Lui dérobant le ciel par l’épais d’une nue,
Mille corbeaux pillards saccagent à sa vue

Quand, voyant d’un étranger la ravissante* main,
Qui lui tire la vie et l’espoir et le grain.

A ! espoir avorté, inutiles sueurs !
A ! mon temps consommé en glaces et en pleurs.
Salaire de mon sang, et loyer de mes peines !

*ravissante (français du XVIe siècle) : qui ravit, c’est-à-dire qui vole.

Nul ne savait encore quel destin prodigieux ce modeste monument occuperait dans l’histoire, sans cesse à renouveler, des peuples en lutte pour leur liberté.

Pour nous, Français, cette tour est le monument jumeau de la "Salle du Jeu de Paume" à Versailles lors de la Révolution française. Là, face à Athènes où elle était née 2 400 ans plus tôt, après de très longs siècles de patience et de servitude, la démocratie naquit à nouveau sous les traits du Premier Gouvernement Grec, gouvernement insurrectionnel, gouvernement vainqueur.

La Tour eut un rôle majeur dans les évènements de la révolution grecque de 1821. Pendant la guerre, s’y rassemblèrent des militants tels que Λάζαρος Κουντουριώτης (Lazare Koundouriotis), Ιωάννης Κωλέττης (Jean Colletis), Χατζηγιάννης Μέξης (Hadjiyannis Mexis) et des philhellènes étrangers, notamment le baron Charles-Nicolas Fabvier.
À partir de 1826, la Tour abrita le Gouvernement temporaire, le Comité adjoint (en 1827), le Trésor national et la Résidence du Gouvernement.

C’est alors qu’on aurait pu y réciter ces deux autres vers d’Agrippa d’Aubigné :

Je sens bannir la peur et le mal que j’endure,
Couché au doux abri d’un myrte et d’un cyprès.

Quand la Grèce fut devenue un État libre, Égine fut la première capitale éphémère du pays nouvellement fondé et la Tour de Markellos fut transformée en résidence pour Ἰωάννης Καποδίστριας (Jean Kapodistrias) de 1828 à 1829, Κυβερνήτης (Gouverneur) de la Grèce indépendante dont le portrait orne désormais les pièces de 20 centimes d’Euro.

Aujourd’hui, elle est le siège du Centre culturel kapodistrien et du Centre social Spyros Alexiou.

La Tour de Markellos à Egine
(Photographie libre de droits)

Edouard Thilliez